Rencontrer Francis Pestre, c’est être emporté par une énergie constante. Il séduit par une idée simple et tenace : rendre la ferme autonome grâce à la santé des sols. Si vous cherchez un modèle pour verdir la Champagne crayeuse, l’EARL Pestre-Giraux mérite votre attention.
Voir le sommaire
Une ferme entre craie et vallée
L’exploitation couvre environ 240 hectares sur deux types de sols. La plupart sont des sols de craie, caractéristiques de la Champagne crayeuse. D’autres, en bord de vallée de la Marne, sont argilo-limoneux. Ces parcelles de vallée étaient autrefois en prairie pour l’élevage bovin. L’élevage a cessé en 1983. Les terres de la vallée s’inondent entre une et sept fois par an. Aujourd’hui, vous y voyez surtout du maïs grain.
Du labour au semis direct
Le changement majeur commence dans les années 1990. Après une alerte liée à un salarié malade, Francis achète un premier semoir sans labour. Il vend la charrue. Le but est clair : moins de perturbation mécanique, plus de vie du sol. Progressivement, toutes les cultures et les intercultures sont semées en semis direct, à l’exception de la betterave.
Pour tenir ce cap, Francis investit avec son frère dans un grand semoir tchèque Bednar de 6 mètres. Il apprécie sa polyvalence. Les deux trémies et les rampes de profondeur donnent la possibilité d’apporter un engrais localisé au moment du semis. Ainsi, il réussit des levées homogènes derrière du maïs ou dans une luzerne calmée.
Couverts, associations et pratiques qui changent tout
Sur la ferme, vous trouverez entre 16 et 22 cultures selon les années. Les rotations s’allongent et les parcelles se diversifient. Francis utilise des couverts très variés : biomax, couverts relais, CDI, luzerne, trèfle blanc nain, sarrasin en dérobée. Tout est maintenu couvert autant que possible.
Le colza revient dans les assolements avec un choix précis. Il est semé à 45 grains/m² et associé à de la féverole, du tournesol, du pois fourrager, du sarrasin, du fenugrec et 3 kg/ha de trèfle blanc nain. Cette composition favorise les légumineuses et la couverture. Après la récolte, le colza décape le trèfle, avant un blé semé sur la même parcelle.
Francis préfère rouler l’interculture plutôt que la broyer. Le rouleau préserve la couverture et diminue l’évaporation. L’incorporation progressive de la matière aide à limiter les risques de faim d’azote pour la culture suivante. Résultat : davantage d’avantages techniques et économiques sans perturber le sol.
Limiter les traitements par la date et le vivant
Le choix des dates de semis est stratégique. Pour éviter les attaques de limaces, Francis sème le colza très tôt, en août. Les limaces aiment les cotylédons. Si la plante n’est plus à ce stade pendant les pics de limaces en mai et septembre, le risque baisse fortement. Il a déjà produit 34 q/ha de colza associé sans herbicide, ni insecticide, ni fongicide.
En soutien, il utilise des extraits fermentés de plantes : ortie, consoude, prêle. Il cultive aussi la biodiversité. Dans la truffière, il a planté de la lavande et en fait des macérations. Une parcelle traitée ainsi n’a pas nécessité d’insecticide. Les haies incluent des essences comme le sureau. Le sureau attire certains pucerons qui nourrissent leurs prédateurs. Ces auxiliaires viennent aussi protéger les céréales.
Truffière et diversification
Il y a cinq ans, Francis et Isabelle plantent une truffière sur de petites parcelles à La Chaussée-sur-Marne. Isabelle prend un rôle actif et devient présidente des producteurs de truffes de la Marne. La plantation d’arbres truffiers transforme encore la vision de la ferme. Les champignons du sol deviennent un sujet de formation et de passion.
La diversification va plus loin. Leur fille aînée, Lucie, rejoint l’exploitation et porte des projets nouveaux. Elle obtient la certification HVE 3 pour la ferme. Elle pousse aussi la création d’une huilerie, l’« huilerie de la Baronnerie ». Pour cela, la ferme plante des noyers en complément du colza et du tournesol. Une presse permet de valoriser la matière première locale.
Innovation pratique et essais en cours
Francis expérimente en permanence. Il envisage une barre de coupe stripper pour récolter seulement les épis. L’idée est de préserver davantage le sol et de réduire la consommation de carburant. Semer en paille debout facilite le semis direct et sécurise la levée grâce aux chaumes longs.
Il pratique aussi la couverture relais. Par exemple, en août il sème un mélange de phacélie, sarrasin, moutarde et radis. Après un gel, il revient avec un seigle forestier. Ce seigle sera détruit le jour du semis d’une orge de printemps ou d’une betterave. L’objectif est d’optimiser la ressource et de réduire les interventions chimiques.
Carbone, transmission et avenir
Au-delà du sol, le projet familial vise l’avenir des enfants. Les démarches vont de la certification HVE 3 aux contrats carbone signés avec Soil Capital depuis trois ans. Dès la première année, l’exploitation s’est révélée comme stockeuse de carbone. C’est une façon de valoriser le travail sur la matière organique et d’ouvrir des revenus complémentaires.
Lucie, grâce à son parcours en communication et événementiel, donne une nouvelle voix à la ferme. L’enjeu est double : préserver la terre et assurer une activité durable pour la génération suivante.
Si vous voulez comprendre comment une ferme peut transformer des sols calcaires en un moteur de biodiversité et d’activités nouvelles, l’EARL Pestre-Giraux offre un exemple concret. Les techniques sont accessibles, les idées sont testées et les résultats parlent d’eux-mêmes. N’est-ce pas le moment d’appliquer quelques-unes de ces pratiques chez vous ou autour de chez vous ?


